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Les carnets d'Alnac : Prologue - page 3 (lecture en ligne)

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Prologue : page 3

Frère Embert rejoignit Alnac, lui aussi assis dans un fauteuil et lisant ce qu'il semblait être un livre d'histoire. Pour ne pas rompre le silence, il se pencha vers le Grand Prêtre et lui murmura quelque chose à l'oreille. Le visage d'Alnac s'éclaira alors d'un sourire radieux, et repérant Dened qui attendait non loin, il lui fit signe de s'approcher. Ce dernier s'exécuta promptement en tendant les carnets qu'il tenait dans ses mains.

Alnac en feuilleta quelques-uns, murmurant parfois « Hum ! Ah oui ! J'avais oublié cela ! » ou encore « Oui, c'est vrai, je me souviens... »

Le garçon, qui bouillait littéralement sur place, se risqua alors à interrompre son supérieur.

- Maître, fit-il plein d'espoir. Accepteriez-vous de nous conter vos aventures ?

Alnac releva les yeux et le fixa avec malice.

- T'intéressent-elles ? demanda-t-il.

- Oh oui Maitre ! affirma Dened avec un tel entrain qu'il était impossible de douter de la sincérité de sa réponse.

- Parfait ! conclut Alnac amusé par sa réaction. Cette année, l'hiver sera long et rigoureux. Pour briser l'ennui des interminables soirées qui nous attendent, j'imagine que quelques petites séances de temps à autre devraient nous aider à atteindre sereinement le printemps ! Embert, prévenez les enfants. Nous allons commencer dès ce soir.

- Merci maître ! s'exclama Dened ravi.

Aussitôt, il s'assit par terre non loin du fauteuil d'Alnac, bien décidé à ne laisser à personne d'autre le privilège d'entendre ces histoires aux premières loges. À sa suite, les presque cinquante novices de la communauté délaissèrent tables et bancs pour préférer les épais tapis de laine posés sur le sol de pierre. Lorsqu'ils furent tous installés en arc de cercle et que le silence fut retombé, Alnac regarda son assemblée le sourire aux lèvres.

- Mon père était fermier, commença-t-il. J'ai passé une partie de mon enfance à m'occuper des bêtes que nous élevions dans notre ferme. Je dois avouer qu'à cet âge, ce n'était pas une occupation qui me plaisait beaucoup. J'avais d'autres envies, d'autres ambitions, même si je ne pouvais pas les déterminer avec précision.

Tandis que le feu crépitait dans la cheminée, il fit une légère pause pour vérifier que son auditoire l'écoutait avec attention.

- Un jour, un étranger passa dans notre village et mon père l'accueillit pour la nuit. À la veillé, il nous raconta ce qu'il avait vu lors de ses voyages et les aventures qu'il avait vécues. C'était si extraordinaire et si éloigné de mon quotidien, que je me demandais s'il ne nous racontait pas mensonges et billevesées. Pourtant, on pouvait voir sur son visage quelques traces qui semblaient confirmer ses récits de batailles. À partir de ce moment-là, je n'eus plus qu'une envie, parcourir le monde et en découvrir ses merveilles.

Alnac soupira en baissant les yeux au sol.

- Bien sûr, mon père ne comprenait pas ce désir. Pour lui, mon destin était tout tracé : reprendre la ferme à sa mort. Nous avons eu de nombreuses disputes à ce sujet, jusqu'à ce que l'une d'entre elles ne me pousse à partir soudainement alors que je n'avais que treize ans. Ce n'est que plusieurs jours plus tard que je réalisais mon inconscience. À bout de force et affamé, mais trop têtu pour reconnaître mon erreur et retourner chez moi, je perdais connaissance.

Il secoua légèrement la tête et un fin sourire apparut sur ses lèvres.

- Par chance, des acolytes d'un temple proche me trouvèrent, me donnèrent à manger et me soignèrent. Le Grand Prêtre Karadilian qui gérait le temple, ne me posa aucune question et me proposa de rester tout le temps que je souhaitais. C'est ainsi que je restais là huit ans à recevoir son enseignement, tandis que mon appétit de voyages et d'aventures restait en sommeil.

Alnac releva les yeux vers son auditoire, déjà pendu à ses lèvres.

- À la fin de mon enseignement, je retournais voir ma famille pour m'expliquer et leur montrer que j'avais trouvé ma voie. Si ma mère le comprit parfaitement bien, mon père ne me pardonna jamais et c'est sans sa bénédiction que je partis sur les routes. Je n'avais pas de but précis. Le Grand Prêtre Karadilian m'avait juste proposé de passer à Irilane, la capitale de notre région. Je suivais donc son conseil et avec un peu d'équipement fourni par le temple, je me dirigeais vers le sud. La première ville que je traversais fut Malkorn. Ce fut également ma toute première épreuve...