les mondes de Vlana

Chroniques Syliannes Livre I : Prologue - page 1 (à lire en ligne)

Accueil > Lecture en ligne > Lire en ligne : Chroniques Syliannes Livre I Prologue, page 1

Prologue : page 1

Petit rappel : ce texte à lire en ligne est protégé par les droits d'auteur et le copier est strictement interdit et passible de poursuites. Si vous aimez cette histoire, n'hésitez pas à le signaler sur les réseaux sociaux en utilisant les boutons de cette page.


Chroniques Syliannes - Livre I - Prologue

Même en plein été, au plus fort de la chaleur, l’eau restait toujours fraîche. Depuis son plus jeune âge, il adorait se promener sur les berges de son lac. Il s’asseyait sur l’herbe verte coupée court et plongeait ses pieds nus dans l’eau. Il pouvait passer des heures, assis là à barboter, tout en observant le paysage autour de lui : les arbres et leurs feuillages bercés par la brise, les hauts murs de pierres qui bordaient le domaine familial et enfin le manoir dans lequel il vivait.

Parfois, il apportait un livre et s’allongeait sur l’herbe ; parfois, il se contentait de rêvasser tout en regardant les oiseaux qui avaient élu domicile dans les arbres du parc. De temps à autre, il en arrivait même à oublier les gardes dans leurs uniformes bleu marine qui le surveillaient de loin. Ils étaient toujours là, quelque part, à l’observer.

Bien sûr, depuis le temps, il aurait pu s’habituer à cette présence permanente. Cela faisait maintenant presque dix ans qu’il la subissait et seuls quelques lointains souvenirs lui rappelaient qu’autrefois la vie se déroulait différemment. L’un de ces souvenirs réapparaissait plus souvent que les autres. Comme au travers d’une brume, le spectacle, à la fois étrange et terrifiant, du premier rite de passage auquel il avait assisté lui revenait en mémoire.

À l’époque, il ne devait avoir que trois ans, mais il se souvenait de l’homme qu’on maintenait allongé sur l’autel de marbre noir. L’homme hurlait et du sang vermillon avait jailli de son bras avant de se répandre sur le sol et de couler jusqu’au pied du garçon. Cette faible réminiscence du passé ne semblait être qu’un rêve et parfois il se disait avoir tout simplement inventé cette scène, les récits de sa mère ayant fini par enflammer son imagination. Pourtant, dans sa mémoire, ce sang rouge paraissait si réel.

Dans cette même vision, il revoyait le visage de son père. Grand et sévère, habillé d’un riche costume bleu, les cheveux noirs bouclés impeccablement coiffés, il se tenait à côté de l’autel sombre et observait le sang couler, le visage impassible. Le souvenir s’arrêtait là et la suite lui avait raconté par sa mère. Elle voulait qu’il conserve tout dans sa mémoire, qu’il n’oublie aucun détail. Il fallait qu’il se souvienne et qu’il fasse ce qu’on attendait de lui, car il était le fils de la Déesse.

À cette époque, il n’arrivait pas à comprendre comment lui, un simple garçon de chair et de sang, pouvait être le fils de cette étrange statue de marbre blanc qui se tenait immobile dans le hall du manoir. Car pour lui, la Déesse, c’était uniquement cette statue dont le regard impitoyable jaugeait chaque visiteur à leur entrée dans la demeure.