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Chroniques Syliannes Livre I : Prologue - page 2 (à lire en ligne)

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Prologue : page 2

En grandissant, il comprit que sa famille ne vouait pas un culte sans faille depuis des générations à un simple objet de décoration, mais à un être supérieur, immatériel, invisible et très puissant. Pourtant un détail le perturbait. Sa mère lui avait souvent dit que la Déesse voyait à travers les yeux de la statue et que, lorsqu’elle n’appréciait pas un nouveau visiteur, des éclairs jaillissaient de ses doigts de marbre pour foudroyer l’impudent qui osait pénétrer sous le toit de ses plus fidèles serviteurs. Le garçon n’avait jamais vu cela arriver, malgré le fait que, depuis des années, le manoir se trouvait en permanence envahi de visiteurs indésirables.

Il avait souvent souhaité que la Déesse manifeste ses pouvoirs et foudroie les gardes de la Confédération qui les maintenaient, lui et sa mère, sous une constante surveillance. Il les haïssait au plus haut point depuis qu’il avait été en âge de comprendre que la Confédération portait la responsabilité de la mort de son père.

Cette rancœur le poussait à échapper régulièrement à la surveillance dont il faisait l’objet. Au fil du temps, c’était devenu de plus en plus facile, non seulement parce qu’il avait grandi, mais également parce que les gardes faisaient de moins en moins bien leur travail. Ces derniers considéraient cette routine sans intérêt comme une punition à subir.

Quel mal pouvait donc faire un enfant et une femme assignés à demeure de façon permanente ? Un garde de la Confédération avait d’autres tâches à accomplir, bien plus importantes et gratifiantes que celle-ci !

Sa mère, par contre, s’était assigné une tâche à laquelle elle refusait de se soustraire. Elle passait la plus grande partie de son temps à enseigner à son fils tout ce qu’il devait savoir sur le culte de la Déesse. Elle lui avait fait apprendre par cœur l’intégralité du rituel de la cérémonie d’acceptation: le rite qui permettait aux nouveaux adeptes d’entrer dans le culte. Elle avait même réussi à cacher le livre sacré, avant que la Confédération ne pense à le confisquer. Sur la première page, il y avait un dessin de la Déesse: son visage dur et ses yeux, d’un étrange bleu pâle, ne montraient aucune compassion.

Lorsqu’elle ne lui enseignait pas les bases du culte, sa mère lui confiait les secrets de leur famille. Partout dans le manoir, il existait de nombreux passages dissimulés ; l’un d’entre eux menait d’ailleurs à l’extérieur de la propriété. Elle lui avait montré ces passages et quand il lui avait demandé pourquoi ils ne les empruntaient pas pour s’enfuir, elle avait répondu qu’il était trop tôt pour cela, qu’il fallait patienter le temps qu’il grandisse un peu. En attendant, les passages secrets servaient à dissimuler les objets les plus précieux de la famille.

Les gardes, conscients de leur totale impunité, ne se gênaient pas pour piller allègrement tout ce qui pouvait avoir un peu de valeur. Même si la planète possédait une technologie beaucoup moins évoluée que dans le reste de la Confédération, l’intérieur du manoir renfermait tout de même une véritable mine d’or. La famille du garçon, noble depuis des générations, avait amassé de nombreux objets de grande valeur. Tableaux, argenterie et livres anciens avaient disparu au fil du temps pour être revendus sous le manteau. Cela alimentait encore plus la colère qu’il ressentait envers la Confédération.