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Chroniques Syliannes Livre I : Prologue - page 3 (à lire en ligne)

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Prologue : page 3

Plus que tout autre enfant, il souhaitait grandir rapidement, afin de pouvoir en découdre avec cette maudite Confédération. C’est ainsi qu’il attendait avec impatience le jour de ses treize ans, car le chiffre treize était le chiffre de la Déesse. Lorsque le culte existait encore, les garçons et les filles, qui aspiraient à entrer à son service, devaient se présenter à un prêtre le jour de leur treizième année pour y suivre l’apprentissage : treize ans d’ignorance, vingt-six ans d’initiation et trente-neuf ans de bonheur. Voilà comment s’organisait la vie d’un prêtre du culte.

Du moins, c’est ainsi que les choses se déroulaient avant que le peuple ne fasse appel à la Confédération, laquelle avait fait une enquête sur le culte et avait fini par le déclarer barbare et inacceptable. La Confédération avait alors envoyé les prêtres sur des Planètes Prisons et condamné à mort les hauts responsables. C’est le châtiment que son père subit, tandis que lui et sa mère, jugés potentiellement dangereux, devraient rester cloîtrer à vie dans la demeure familiale, sans presque aucun contact extérieur.

Le seul contact autorisé se faisait avec une partie de sa famille. Son oncle, sa tante et sa cousine venaient tous les ans, lors de son anniversaire. Il aimait beaucoup sa cousine ; elle n’avait que deux ans de plus que lui, et irradiait d’une joie de vivre qu’il ne connaissait guère. Ses cheveux roux vif ressemblaient à de grandes flammes dansant autour d’un visage toujours souriant. Elle représentait le seul enfant qu’il connaissait, car n’ayant pas le droit d’aller à l’école ou de côtoyer qui que ce soit.

Ainsi, il attendait que se passe toute une année pour avoir le plaisir de la voir pendant une journée entière. Elle lui apprenait des jeux et lui racontait des histoires. Quant à sa tante, une femme bien en chair aux cheveux aussi roux que sa fille, dès qu’elle le voyait, elle le prenait dans ses bras et, année après année, lui répétait toujours la même chose.

— Oh ! Mais regardez-moi ça ! Comme tu as grandi et comme tu es beau ! Tu as les plus beaux yeux de la Confédération ! On dirait le bleu des océans de notre planète.

Ce à quoi sa mère ne pouvait s’empêcher de renchérir avec fierté :

— Il a les yeux de notre Déesse !

— Voyons très chère, répliquait immanquablement sa tante, les yeux de ton fils sont bleu marine, ceux de notre Déesse sont bien plus clairs.

En général, sa mère ne répondait rien. Elle se contentait de le regarder d’un air étrange, comme si elle savait quelque chose qu’elle préférait garder pour elle. Mais tout cela lui était égal aujourd’hui, car c’était enfin le jour tant attendu de ses treize ans.

Sa famille, arrivée en fin de matinée, avait souhaité profiter du temps radieux qu’il faisait ce jour-là. Ils s’installèrent donc sur une des tables en bois, non loin du lac, pour manger dans le parc.

Le repas terminé, il s’allongea sous un arbre et écouta sa cousine, assise sur l’herbe verte auprès de lui, raconter les dernières nouvelles du monde extérieur : un monde étrange rempli de vaisseaux spatiaux plus rapides que la lumière, d’immenses conglomérats commerciaux et de pirates organisés au sein d’une confrérie.